Analyse - photo de Christian Vogt

par Artsmette  -  8 Janvier 2000, 13:00  -  #analyse, #critique photo

Analyse - photo de Christian Vogt
série "rouge"
Polaroïd 8"x10" (20x25)
http://www.christianvogt.com
1 - Technicité :
Il s'agit d'une photo "polaroïd" de format 8"x10" donc grand format avec des moyens techniques chers et de haut niveau, il ne s'agirait pas de croire à une photographie faite à l'aide d'un petit polaroïd. Il faut une grande maîtrise de la photographie et des paramétrages pour parvenir à une photo unique de qualité.
En utilisant une "chambre" 8x10, l'image est visible inversée avant la prise de vue (comme les appareils à l'ancienne).
Cadrage simple construit sur une verticale centrale en plan américain.
L'éclairage (sans doute en lumière continue assez chaude, halogène vraisemblablement, 3200 kelvin) provient de la gauche, un peu en avant ce qui provoque l'éclairage plus accentué du fond à droite et laisse des ombres assez douces sur la droite du modèle).
Ce type d'éclairage donne des tons plus jaunes qu'une lumière flash ou une lumière jour obtenue à l'aide de lumière continue LEDS plus proche des 6000 kelvin.
L'ouverture doit être assez fermée pour obtenir une netteté sur l'ensemble de la photo.
le temps de pose réduit si l'on ne veut pas avoir de flou de bougé spécialement ici où le modèle a une pose un peu inconfortable qui l'oblige à tenir la pose en aveugle.
2 - Interprétation :
Il est difficile de se prononcer sur une quelconque interprétation puisant dans l'inconscient ou le conscient culturel ou symbolique.
Cette image vaut surtout par la qualité de sa réalisation, sa puissance ornementale, graphique et colorée. Sous une apparente simplicité, l'auteur fait appel à un équilibre global de la photographie tant dans la forme qui n'est pas sans rappeler une sorte de bouquet humain, que dans les tonalités choisies. Un camaïeu de gris ocrés lient le fond, la couleur chair et les poils pubiens en un espace de douceur charnelle.
Puis c'est l'éclatement, et pour reprendre la métaphore du bouquet, l'éclosion d'un bandage rouge qui enveloppe le haut du modèle. Chrysalide d'où naîtra une jeune femme pour les uns, exercice de "bondage" érotique pour d'autres ?
Ce qui fascine sans doute dans cette photographie, c'est ce qu'on ne voit pas, ce qui est suggéré par les volumes et les touches de lumière : les seins, le menton, la bouche. On aimerait la libérer tout en sachant que si on le faisait, nous ne serions plus que devant un modèle nu comme tant d'autres. "Le meilleur moment de l'amour, c'est quand on monte l'escalier" disait Georges Clémenceau. Dans cette image, l'avant découverte nous remplit de plaisir.
Avril 2015