Analyse - photo de MonsieurJ

par Artsmette  -  2 Janvier 2000, 10:55  -  #analyse, #critique photo

photo publiée avec l'autorisation de son auteur

photo publiée avec l'autorisation de son auteur

Carnivale
Le petit monde de monsieur J
http://www.monsieurj.net/
MonsieurJ, alias JC, est un ami qui se dit "photographe du dimanche". A chaque fois, il s'agit d'un dimanche de fête tant MonsieurJ nous propose des images originales non dépourvues d'humour. On ne s'étonnera donc pas de trouver sur son site le sous-titre : "photographie récréative" car MonsieurJ s'amuse et nous divertit.
Dans sa dernière série "Carnivale", MonsieurJ nous renvoie à une certaine tradition des phénomènes de foire, une sorte de vitrine des curiositéshuùaines où s'affichent de drôles de monstruosités physiques évoluant dans un décor créé par son amie Hélèna (site : http://www.descorpsenvrac.com/ ), artiste qui s'inscrit dans la tradition de l'art brut.
J'ai choisi une photo de la série "Carnivale" : Ginger Cross, personnage fictif au passé douteux et totalement imaginaire.
1 - Technicité :
Photographie frontale prise de niveau, l'image se construit sur une verticale, ligne de tiers gauche. Le modèle pose donc fièrement, fixant volontairement l'objectif. Portrait en pied (plan moyen large) sauf qu'ici, des pieds, il y en a 3 ! 3 pieds, 3 jambes, 3 cuisses qui s'articulent en un point central d'où partent les rayons de la culotte à froufrous.
Dès lors, ce qui semblait figé prend vie. le spectateur recherche des sinusoïdes et des lignes de force. Dès que l'on quitte le regard, on se laisse guider par un circuit sinueux allant de l'épaule droite du modèle au coude, puis à la main gantée qui caresse la tête d'un animal enserré entre les 2 bras, on retombe donc tout naturellement sur la main gauche qui nous conduit au fameux point central, notre cheminement se poursuit vars la 3ème jambe gauche (à droite sur la photo), on descend jusqu'au pied posé sur la cloche en verre protectrice de deux corps mutilés.
Cette 3ème jambe rétablit l'équilibre de la photo, sans elle, le personnage aurait été déporté à gauche de la photo, avec elle, l'espace se remplit.
Tout est net dans cette photo : du premier plan (genou, bord de la cloche) à l'arrière-plan. On peut donc décoder les éléments assez aisément.
En ce qui concerne les couleurs : Autour d'une "tache blanc coloré" centrale, se répartissent des touches de couleurs rouges (gants, cadre au sol, cadre en haut à droite du visage), gris vert, vieux rose.
Quelques reflets dus aux flashs donnent du volume à certains objets.
Un léger vignettage en périphérie vieillit la photo comme s'il s'agissait d'une carte postale ancienne maintes fois manipulées.
2 - Interprétation :
Amusement inquiet, voyeurisme malsain pour l'anormalité ? J'opte pour l'amusement. Dans la série, on s'amuse et on s'émerveille. C'est une plongée rétro-futuriste (oxymore poétique). Le modèle assume un environnement délirant et sa difformité dérangeante. Il y a une telle harmonie entre sa pose, ses mains faussement sanglantes, cet animal empaillé que l'on caresse, cette accumulation de poupées démembrées, désarticulées.. que le fantastique devient le quotidien du personnage. L'aurait-on vu dans un salon parisien du XVIème arrondissement ? Peut-être que oui. Mais ici on la sent chez elle. Elle nous offre l'intimité de son intérieur (intérieur au sens du logis, intérieur au sens psychologique).
J'optais pour l'amusement et pourtant en observant Ginger Cross, on entre en empathie.

édité en Avril 2015