Analyse - Photo de Robert Häusser

par Artsmette  -  6 Janvier 2000, 21:01  -  #analyse, #critique photo

Analyse - Photo de Robert Häusser
Robert Häusser
photographe allemand
Dans la chambre de la servante, 1960
Gélatino-bromure d'argent
1 - Technicité :
Photo noir et blanc, prise de vue en plan large avec grande profondeur de champ. Une palette de gris qui couvre un blanc presque pur (drap de lit à gauche) jusqu'au noir d'une partie des cheveux et des montants de la chaise, voire de certaines ombres qui présentent néanmoins de la matière. Entre ces deux extrêmes des gris foncés, moyens et clairs.
Le cadrage s'ordonne autour de "la servante" qui occupe le centre de la scène. Le personnage pose sur un lit au drap blanc, le corps est peu éclairé de sorte qu'il ressort sur cette tache de lumière.
le photographe doit se situer à l'entrée de la chambre, sans doute la porte est-elle derrière lui. A-t-il pris la photo à hauteur d'homme ? il semblerait que oui si l'on tient compte de l'angle en plongée sur le lit.
Des lignes fuyantes créent une réseau dans lequel s'inscrit le modèle : le dessus des poutres convergent vers un point de fuite qui devrait se trouver au-dessus de la tête du modèle, les deux lignes obliques du plafond se rejoignent quant à elles en dehors de la photo sous le modèle pratiquement à la verticale du point précédent. La verticale du bord gauche de la fenêtre, à l'image, passerait par ces deux points. Le modèle se trouve ainsi sur une diagonale d'un losange déformé décrit par ces lignes.
A cet ensemble de lignes rigides semble répondre un autre ensemble, plus humain, de courbes : les courbes du corps bien sûr, les courbes du lit et celles des vêtements posés sur le dossier de la chaise.
Au premier plan peu d'informations si ce n'est à droite de la photo un morceau de mobilier (haut d'une autre chaise, début d'un table ?). Pas d'armoire ou de commode. La pièce serait-elle plus spacieuse qu'il n'y paraît ?.
2 - Interprétation :
Une servante nous reçoit dans sa chambre. Mais pas n'importe comment, elle est nue. Ce qui rend bien entendu la scène assez troublante d'autant qu'elle n'est pas effarouchée ou rebelle. Elle a pris soin de se déshabiller sans hâte, elle n'a pas jeté ses vêtements au hasard mais les a déposés sur le dossier de la chaise.
Le lit est prêt à accueillir, il n'y a pas de couverture, il a donc été préparé.
le dépouillement est total tant physique qu'environnemental. Il s'agit certes d'un chambre de bonne mais il y a un côté presque monacale mais la prière n'a rien de spirituelle ici. Le seul signe d'ornement tient en ce simple bout de rideau qui pend au-dessus de la lucarne.
Le photographe est pratiquement invité dans cette pièce et peut-être invité à plus encore ? Mais nous, spectateurs, nous sommes mis à la place du photographe, nous prenons la place de l'invité. Ce sourire nous est aussi destiné ainsi que le regard franc dirigé vers nous.
Alors, évidemment, on se prend à..., on imagine que... nous sommes prêts à franchir le pas.
En sommes-nous gênés ? Le spectacle est trop beau pour donner lieu à une quelconque culpabilité.

Avril 2015

elmer 21/04/2015 14:08

Quand le patron montait dans les chambres de bonnes pour assouvir un besoin primaire...Merci pour cette analyse Philippe.

Artsmette 21/04/2015 14:28

quand commence le "quand", quand finit-il ? Ce n'était pas uniquement les patrons qui montaient, des étudiants, artistes, ouvriers... montaient aussi au "septième ciel", tout ce petit monde donna de jolis romans. le monde n'est pas toujours noir et sordide, il peut être aussi à l'eau de rose.